Les soeurs Voïkou racontent l’histoire de leurs parents, rescapés de la catastrophe de Smyrne et leur installation à Syros

Auteur(s) :
enquêteur : Kalouta, Margarita
informateur : Soeurs Voïkou

Editeur :
Phonothèque de la maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Contributeur :
Maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Notice originale :
http://phonotheque.mmsh.huma-num.fr/dyn/portal/index.seam?page=alo&aloId=10923
mmsh10923

Type :
archives sonores
sound

Description :
Les noms des lieux sont parfois donnés en langue turque.
Les sœurs Voïkou, réfugiées de la première et la deuxième génération, racontent la vie de leur mère, Kaliopi et de leur père Dimitris. Elles sont neuf sœurs mais on ne sait pas combien participent à l’entretien tant il est difficile de les distinguer car elles parlent en même temps et se complètent les unes les autres. Leur mère Kalioppi était originaire de Kordelio, dans la province de Smyrne, où elle a rencontré son mari, Dimitris, originaire de Crète et cordonnier de métier. Leurs cinq premiers enfants sont nés à Smyrne, et les cinq derniers à Syros tandis qu'un garçon né en Asie-Mineure a été adopté. A Smyrne, ils étaient propriétaires de leur maison et de leur commerce. Leur vie était agréable et ils avaient de bons rapports avec les Turcs jusqu’à ce que la guerre éclate. Malgré les avertissements, Kaliopi et son mari étaient déterminés à rester vivre à Smyrne. Chaque fois que la famille était prête à s’enfuir, leur mère changeait d’avis et leur faisait faire marche arrière. Un soir, des soldats turcs sont rentrés chez eux pour voler leurs objets de valeur. Les sœurs Voïkou se souviennent que les soldats ont tiré leurs boucles d’oreilles et gardent encore des marques. Au moment de la catastrophe d’Asie-Mineure, leur père est parti se battre dans l’armée grecque. Kaliopi elle, s’est battue pour sauver ses cinq enfants. Dans la foule, elle a perdu Giorgos, son fils de 8 ans et a failli devenir folle. Heureusement, elle l’a retrouvé sain et sauf quelques heures plus tard. Après de nombreuses aventures, Kalliopi a réussi à embarquer sur un bateau avec ses cinq enfants, dont un fils muet, Victoras. La traversée a été dure mais heureusement, Victoras avait trouvé une bourse pleine d’argent qui leur ont permis de survivre tout au long du trajet. Le bateau les a emmené à Chios, Mytilène, Hydra et Spetses. Au début ils pensaient retrouver leur père à Athènes mais entre temps il avait été transféré à Syros. Finalement, toute la famille s’est retrouvée à Syros. Les sœurs se souviennent des retrouvailles comme d’un moment d’émotion intense. Leur père a travaillé comme cordonnier à l’orphelinat américain puis, il a ouvert sa propre cordonnerie. Ils ont réussi à acheter une maison à Syros, et ils ont appris que leur maison de Smyrne avait été détruite. Selon les sœurs Voïkou, les Anglais et les Français n’ont pas été très clairs dans leur politique et le seul homme politique qui soutenait la cause des grecs d’Asie Mineure était Plastiras. D’après elles, c’est sa politique qui a permis que des femmes et des enfants réussissent à s’enfuir par bateaux, sans quoi ils étaient perdus. Au début, les habitants de Syros ne les ont pas très bien accueillis, et traitaient les réfugiés de “fils de turcs”. Les conditions d’hygiènes étaient misérables et les réfugiés étaient confinés dans de petits espaces. Petit à petit, ils ont fait mieux connaissance avec les gens du pays avec qui ils ont partagé de bons moments. Kaliopi s’est faite des amies à Syros qui l’ont beaucoup aidé quand ses enfants sont nés. Kaliopi, surnommée “la Smyrniote”, était connu pour son goût de la fête. Lorsqu’elle organisait des événements elle invitait tout le monde, réfugiés et gens du pays. Elle était également très appréciée pour sa cuisine. Durant ces fêtes, ils chantaient des chants de Smyrne (smyrneïka) et disaient des sérénades (mantinades). Tous les voisins se rassemblaient pour les écouter. Leur père, en plus de la cordonnerie a ouvert une taverne. Il y passait ses soirées et se montrait généreux en offrant des verres à tout le monde, effaçant volontiers les dettes de ses clients qui manquaient d’argent. Sa femme Kaliopi était tournée vers la religion, elle fabriquait les vêtements de la famille à la machine à coudre, préparait les repas qu’elle portait chaque jour à l’usine où travaillaient ses enfants. Elle avait 10 enfants au total : 1 garçon et 9 filles. Tous avaient été très peu à l’école avant d’aller travailler en usine. Selon les sœurs, durant l’Occupation, les réfugiés ont été davantage touchés que les habitants de l’île. Leur père protégeait ses filles des avances des Italiens. Peu de temps après, Kaliopi est morte et Dimitris était rongé par la tristesse. Dans la dernière partie de l’entretien, trois sœurs racontent des souvenirs personnels, à propos de mariages, de distractions, et de leurs relations avec les hommes de l’île. Puis elles reviennent sur l’histoire de leur mère et racontent quelques anecdotes. Elles rappellent que malgré ses 10 enfants, elle a recueilli un orphelin qu’elle a élevé comme son propre fils. Elle s'était également fâchée avec l’une de ses filles pour avoir épousé un catholique, refusant même d’assister à son mariage. Elle ne s’est réconciliée avec elle que lorsque celle-ci a eu son premier enfant. Dimitris, son mari, au contraire, n’avait pas de problème avec les mariages mixtes. L’atmosphère de l’entretien est très détendue : il se termine à la tombée de la nuit tandis que les sœurs se chamaillent entre elles.

Sujet(s) :
enquête
récit de vie
abandon de terre
communauté grecque
réfugié
expatriation
migration
bateau
destin de femme
genre sexuel
cordonnier
café (établissement)
fête communautaire
musique traditionnelle
travail des enfants
travail en usine
relation frère-soeur
relation intracommunautaire
pratique des surnoms
christianisme orthodoxe
identité culturelle
famille nombreuse
mariage mixte
observance religieuse
cuisine
Plastíras, Nikólaos (1881-1953)
Incendie de Smyrne
1922
Occupation allemande de la Grèce

Date :
1999

Format :
1 cass.
1h 3min

Langue :
grec
gre

Couverture :
Ermoúpoli
37.44227
24.94248

Droits :
Contrat d'autorisation d'utilisation et de diffusion signé entre l'informateur et les archives historiques des Cyclades en juillet 2013.
Document en ligne et réutilisation non commerciale autorisée

Relation(s) :
Réfugiés d'Asie-Mineure sur l'île de Syros en 1922

Type :
archives sonores
sound

Source :
4461

Citation

enquêteur : Kalouta, Margarita et informateur : Soeurs Voïkou, “Les soeurs Voïkou racontent l’histoire de leurs parents, rescapés de la catastrophe de Smyrne et leur installation à Syros,” Portail du patrimoine oral, consulté le 30 novembre 2020, http://stq4s52k.es-02.live-paas.net/items/show/118079.