Cours sur “La maîtrise de l’eau” en Provence de Annie-Hélène Dufour lors d’un stage d’ethnologie à Salagon

Auteur(s) :
informateur : Dufour, Annie-Hélène
informateur : Martel, Claude

Editeur :
Phonothèque de la maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Contributeur :
Maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Notice originale :
http://phonotheque.mmsh.huma-num.fr/dyn/portal/index.seam?page=alo&aloId=10443
mmsh10443

Type :
archives sonores
sound

Description :
Annie-Hélène Dufour, dans le cadre d’un stage d’ethnologie à Salagon, vient donner un cours sur le thème de “la maîtrise de l’eau”. Cette “maîtrise” sous-entend aussi bien l’aspect technique pour la capter et la distribuer, que l’idée de contrôler l’eau, avec des digues par exemple. Sa maîtrise donne un certain pouvoir, et l’on a toujours eu recours à des médiateurs pour la trouver et la contrôler, comme les Saints, les fêtes, les danses, mais aussi les sourciers dont le pouvoir “ambiguë” se rapproche de celui d’un magicien. Le thème de la maîtrise de l’eau est abordé ici dans l’espace provençal, mais on retrouve ce thème partout en Méditerranée est au-delà, surtout dans les régions où l’eau est rare et précieuse. La pluie a une double connotation dans ces régions, elle est un élément à la fois souhaité et à la fois redouté. Annie-Hélène Dufour lit alors un long extrait du livre La Méditerranée de Fernand Braudel (ayant écrit plusieurs livres sur ce sujet, nous n’avons pas plus d’indices sur l’œuvre précise ici lu). Elle annonce ensuite le plan de son cours, qui se fera d’abord sur la maîtrise de l’eau et l’organisation sociale, puis sur l’eau dans la vie quotidienne, et enfin sur les savoirs et les rites qui s’attachent à l’eau. La première partie de cet exposé, sur la maîtrise de l’eau, concerne principalement l’irrigation. Elle est réglementée depuis longtemps comme en témoignent les règles coutumières, mais une réglementation écrite, juridique, apparaît au XIXe siècle, période où naissent les premiers conflits entre les paysans et les industriels. Annie-Hélène Dufour cite alors plusieurs exemples de réglementations du XVII au XIXe siècle. Les grands travaux d’irrigations pendant le XIXe siècle comme le canal de Provence sont perçus autant comme une avancée technique que comme une rupture avec les formes juridiques qui existaient. L’eau, qui avait seulement une valeur d’usage, a dorénavant une valeur d’échange. Elle se paie, et l’outillage nouvellement apparu pour la capter et entretenir les constructions est coûteux, creusant l’écart entre les paysans et les industriels. En Provence, le droit à l’eau est généralement indissociable du droit à la terre, lors de sa transmission on cédait donc le droit à disposer de l’eau. L’irrigation est saisonnière, car pratiquée entre le printemps et l'automne, et la période change selon les régions et les cultures. Elle est répartie auprès des exploitants proportionnellement à la taille de leurs terres à irriguer. C’est donc un temps alloué d’irrigation et non un volume d’eau qui est donné aux exploitants. Les canaux et les petites constructions sont d’ailleurs entretenus par les hommes eux-mêmes, en coopération, leur permettant donc une certaine cohésion sociale. Chacun donne de son temps en fonction de sa surface irriguée. Elle donne alors l’exemple dans la première moitié du XXe siècle de villages où tous les riverains d’un même canal se regroupaient lors de certaines journées pour l’entretien de ce dernier, donnant lieu le soir même à un repas ou une veillée. Les gros travaux étaient quant à eux pris en charge par des nobles ou par l’Etat. Autre coopération entre riverains, les travaux pour protéger les terres des crues. Ils menaient souvent à des conflits entre villages, car en déviant l’eau il arrivait souvent qu’elle inonde les villages voisins. Les problèmes de répartition de l’eau entraînent souvent des conflits, et Annie-Hélène Dufour y revient régulièrement durant le cours. La cause majeure vient de la transgression des règles, notamment celles sur l’arrosage des terres. Pour y répondre, on a créé en Provence et ailleurs (système semblable à Valence ou dans le Haut-Atlas) un responsable juridique propre aux canaux et aux rigoles. Le respect de l’eau a toujours été prioritaire, il existait déjà sous l’Ancien Régime le “régardadou” chargé de surveiller l’usage des puits et des fontaines. La seconde partie du cours porte sur l’eau dans la vie quotidienne. L’eau est présente partout dans les villages, et d’abord dans leurs noms. On retrouve beaucoup de toponymes qui se rapportent à l’eau, dans les noms des villages, dans les noms des quartiers (par rapport aux fontaines), etc. L’eau scande le temps au sein même du village. On va au lavoir généralement tous les lundis, on vient chercher l’eau à la fontaine deux fois par jour, le matin pour le repas et l’après-midi pour la vaisselle. D’ailleurs, il semblerait que l’approvisionnement aux différentes fontaines varie selon qu’il s’agit d’eau de consommation, d’eau de cuisson ou d’eau pour la vaisselle. Il en va de même pour les lavoirs, les petites lessives se font au lavoir du quartier, tandis que les grandes lessives ou certaines lessives particulières (linge fin par exemple) se font ailleurs, dans un grand lavoir. Dans une troisième partie de son exposé, Annie-Hélène Dufour aborde les savoirs et les rites attachés à l’eau. En provençal, il existe plus de cinquante termes pour désigner la qualité de l’eau, comme le fait qu’elle soit froide, chaude, douce, verte etc. Mais l’enregistrement se termine brutalement, nous empêchant d’avoir la fin de son cours.

Sujet(s) :
didactique
parole publique
progrès
lavoir
adduction de l'eau
pluie
usage et propriété de l'eau
valeur de l'eau
communauté villageoise
entreprise industrielle
eau
cours d'eau
vocabulaire dialectal
stage d'ethnologie
fontaine
droit coutumier
Alpes de Lumière
Braudel, Fernand
période médiévale
1600-1699
1700-1799
1800-1899
1900-1999
Chronique des années de braise
Atlas linguistique de la Provence

Date :
1982-03-13

Format :
bande magnétique
1h 05min

Langue :
français
fre

Couverture :
Mane
43.93722
5.76672

Droits :
L'informateur et les enquêteurs autorisent que les enregistrements soient en accès sur ce réseau de partenaires et exige de donner une nouvelle autorisation pour chaque nouvel organisme entrant dans le réseau de partenaires originel.
Document en ligne et réutilisation non commerciale autorisée

Relation(s) :
Stages d'ethnologie réalisés par l'association Alpes de Lumière

Type :
archives sonores
sound

Source :
4437

Citation

informateur : Dufour, Annie-Hélène et informateur : Martel, Claude, “Cours sur “La maîtrise de l’eau” en Provence de Annie-Hélène Dufour lors d’un stage d’ethnologie à Salagon,” Portail du patrimoine oral, consulté le 19 février 2020, http://stq4s52k.es-02.live-paas.net/items/show/118511.