L’historien Dominique Kalifa, professeur à l’université Paris 1, membre du CNU (vice-président de la section 22), récuse le terme d’égo-histoire dans les mémoires de synthèse d'activités scientifiques.

Auteur(s) :
interv. : Kalifa, Dominique
interv. : Dosse, François

Editeur :
Phonothèque de la maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Contributeur :
Maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Notice originale :
http://phonotheque.mmsh.huma-num.fr/dyn/portal/index.seam?page=alo&aloId=12469
mmsh12469

Type :
archives sonores
Sound

Description :
Dominique Kalifa, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Paris 1, directeur du centre d’histoire du XIXe siècle est invité au séminaire « l’écriture de soi des historiens » et présenté par François Dosse. Figure de référence de l’histoire sociale dans la lignée de Michelle Perrot, spécialiste des crimes et de la délinquance, François Dosse rappelle que l’historien a invité à « labourer d’autres chantiers » en déclarant, sans plaire à tout le monde, que le “moment de l’histoire culturelle était terminé”. Dominique Kalifa intervient dans cette séance à la suite de Michelle Zancarini-Fournel et précise que sa présentation sera moins formelle que sa consœur, mais qu’il espère apporter des éléments de réflexions suffisants pour alimenter la discussion et la réflexion générale. Il raconte que personnellement il a apprécié faire son mémoire de synthèse des activités scientifiques, exercice qu’il a trouvé intéressant et qu’il a écrit très rapidement en deux semaines et demie, alors qu’habituellement l’écriture est pour lui une activité longue et douloureuse. Il est cependant attristé de voir que pour beaucoup d’historiens l’exercice est contraint, négligé, et parfois même dénigré. Aujourd’hui, il témoigne à travers trois expertises. D’une part, par sa propre expérience de l’habilitation à diriger la recherche (HDR) qu’il a soutenue en janvier 2000, à Paris 1 avec Alain Corbin ; ensuite en tant que garant et jury d’HDR depuis 7 ans, et enfin comme membre du Conseil national des universités (CNU) et vice-président de la section 22 (Histoire et civilisations : histoire des mondes modernes, histoire du monde contemporain ; de l'art ; de la musique), où il lit une soixantaine de dossiers de candidature par an. Il souligne que les normes de l’HDR ont peu changé depuis le texte de Berstein, une quinzaine d’articles choisis suffit et pour la recherche empirique, il rappelle que la loi admet les travaux en cours et exclut les travaux et manuels. Pour sa part, il ne s’oppose pas à l’idée d’un livre déjà publié, si ce dernier montre un autre objet de recherche que la thèse. Les normes diffèrent selon les disciplines, celle des historiens étant très exigeantes, sans aucune mesure avec ce qui est demandé dans d’autres sciences humaines et sociales, mais plutôt du même registre que la littérature. Membre d’une profession extrêmement traditionnelle et conservatrice, Dominique Kalifa s’étonne alors que les sections dans lesquelles il a travaillé sont plutôt syndicalisées à gauche. Que ce soit sur la position, le plan épistémologique et l’audace des débats, il cite le faible goût pour l’expérimentation et l’innovation des historiens. Il exprime ensuite son insatisfaction, son mécontentement, voire sa franche hostilité à l’expression d’égo-histoire. Il a apprécié le livre de Pierre Nora, mais considère que qualifier le mémoire de synthèse de ce terme ad hoc est une absurdité et un contresens radical, quand bien même il est généralisé dans la profession, y compris dans les plus hautes instances. Sa conviction est que l’HDR n’est pas un simple diplôme puisqu’il permet d’accéder à une nouvelle fonction, c’est-à-dire diriger des recherches. Ainsi, le mémoire de synthèse devrait répondre à trois exigences pour devenir professeur. En premier lieu, montrer l’itinéraire, non pas du chercheur, mais des objets historiques qui se sont imposés dans une carrière de recherche (comment et selon quelles modalités ces objets se sont construits) ; puis définir dans quels champs épistémologiques ils ont pris place (cadres conceptuels, disciplines annexes), et expliciter les instruments méthodologiques, et finalement positionner ces travaux dans les historiographies existantes. Et pour conclure le MSAS devrait mettre en avant les projets d’un futur professorat : sujets de recherche pour les jeunes chercheurs à encadrer, gisements des sources documentaires non exploitées, programmes collectifs, ou encore intitulés de séminaires de recherche à proposer demain. Force est de constater que peu de mémoires se présentent de cette manière-là, y compris pour ceux qu’il a dirigés. Il confie que le sien ne répondait pas non plus à ce programme idéal, son MSAS, au côté d’un inédit portant sur l’histoire de la police privée, comportait trois parties articulées autour de la figure de l’enquête (comme récit, comme pratique et démarche intellectuelle) et finissait par des projets et n’a pas livré d’éléments personnels. Dominique Kalifa cite toutefois trois excellents mémoires : celui de Guillaume Cuchet, Sylvain Venayre et de Patrick Boucheron. Pour terminer il réexplique pourquoi il récuse l’égo-histoire dans l’écrit de synthèse, même s’il est favorable à l’audace et au récit à la première personne, il réaffirme haut et fort que cette typologie d’écrits ne répond pas à la logique et la fonction de l’exercice de l’HDR. La présentation est ensuite suivie de débats avec les historiens, mais l’enregistrement est interrompu avant la fin de la séance.

Sujet(s) :
congrès
parole publique
témoignage thématique
parcours d'historien
parcours intellectuel
parcours scientifique
Habilitation à Diriger des Recherches (HDR)
écriture de soi
histoire
historiographie
mémoire de synthèse des travaux scientifiques
professeur(e) d'université
encadrement de la recherche
garant HDR
Zancarini-Fournel, Michelle
Perrot, Michelle (1928-....)
Corbin, Alain (1936-....)
Conseil national des universités
Berstein, Serge (1934-....)
Cuchet, Guillaume (1973-....)
Venayre, Sylvain (1970-....)
Boucheron, Patrick (1965-....)
1800-1899
période contemporaine

Date :
2014-02-14

Format :
44.1kHz, 16 bits
50min

Langue :
fre

Couverture :
Institut d'Histoire du Temps Présent (Paris)

Droits :
en cours

Relation(s) :
Séances enregistrées du séminaire «L’écriture de soi des historiens».
Entretiens enregistrés dans le cadre de l'ANR Histinéraires

Type :
archives sonores
Sound

Source :
5266

Citation

interv. : Kalifa, Dominique et interv. : Dosse, François, “L’historien Dominique Kalifa, professeur à l’université Paris 1, membre du CNU (vice-président de la section 22), récuse le terme d’égo-histoire dans les mémoires de synthèse d'activités scientifiques.,” Portail du patrimoine oral, consulté le 29 mars 2020, http://stq4s52k.es-02.live-paas.net/items/show/121437.