Entretien avec un ancien appelé, parti en 1960 pour 29 mois au sein, d’un régiment d’artillerie dans le sud d’Alger et dans le Sahara, Algérie, à propos de son service militaire

Auteur(s) :
enquêteur : Marrou, Sandrine
informateur : 1452

Editeur :
Phonothèque de la maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Contributeur :
Maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Notice originale :
http://phonotheque.mmsh.huma-num.fr/dyn/portal/index.seam?page=alo&aloId=12328
mmsh12328

Type :
archives sonores
Sound

Description :
L’informateur, étudiant séminariste, est arrivé en Algérie en février 1960 et va y faire 29 mois de service militaire au sein d’un régiment d’artillerie. Les souvenirs de cette arrivée sont marqués par la perte de repères et l’entrée dans un climat de guerre. En effet, il traverse des zones sensibles comme celles des gorges de la Chiffa près de Blida où les accrochages sont fréquents et violents. En arrivant à Bouskene où il est affecté pendant un an et demi, il se souvient qu’une des premières missions a été de confisquer agneaux et moutons aux villageois car le bétail était soi-disant réservé aux fellagas. Son sentiment a été qu’il s’agissait d’une grande violence envers la population démunie et ce pillage l’a conduit à faire une grève de la faim, il n’arrivait plus à s’alimenter. Il est ensuite envoyé dans les montagnes dans un endroit isolé où les opérations de pacification consistent à regrouper les populations dans des mechtas pour qu’elles ne soient pas aux mains des résistants; opération stérile selon lui, car les fellagas pillaient les biens des villageois partis. Il évoque également sa mission d’enseignant aux portes du désert où les enfants allaient en classe pieds nus et son action humanitaire envers cette situation. Il a, en effet, fait un appel au don de vêtements et chaussures, dans des journaux français. Cette campagne a eu un grand succès, a apporté la reconnaissance des villageois et suscité le mécontentement des fellagas. L’informateur a été au cours de son service envoyé dans 7 endroits différents et lorsqu’il revient sur ses missions également diverses, il raconte son rôle d’infirmier et les péripéties lors des accouchement des villageoises. Il s’exprime aussi sur la torture à laquelle il a été confronté de manière passive : il entendait les hurlements des prisonniers et voyait les séquelles des interrogatoires. Il manifeste avec force son dégoût et son horreur de cette pratique fréquemment utilisée en Algérie et pointe le fait qu’il n’était pas préparé à vivre cette situation. Il mentionne que certains appelés faisaient des dépressions et étaient renvoyés en France. Concernant ses relations avec les appelés, il dit qu’elles étaient empreintes de sympathie et qu’il en a revu certains lors de son retour. Interrogé au sujet du putsch des généraux, il évoque une période très délicate et tendue et pense que la réhabilitation des généraux en 1982 était inévitable car il s’agissait de grands militaires. Lorsqu’il livre les sentiments éprouvés pendant son service, il en détermine quatre : la peur liée aux risques, l’effroi devant le nombre de victimes civiles, des traumatismes vécus par les enfants, l’abomination de la torture et la satisfaction d’avoir rencontré quelques officiers de qualité qui avaient des qualités humaines. Il dit que cette guerre l’a marqué, fait mûrir, et qu’il n’oubliera jamais les visages de ceux qui sont passés par la torture. Il avoue, également, avoir été parfois écartelé entre sa foi et la réalité du terrain. A son retour, il a adhéré à la FNACA et reçu sa carte d’ancien combattant. Il a aussi pu s’exprimer sur ce qu’il avait vécu et cela lui a permis de faire une relecture de ce passé, de prendre du recul. Il s’intéresse au sujet par le biais de lectures, regarde des documentaires ou films et souhaite que l’on n’oublie pas les victimes civiles musulmanes, européennes et les harkis. L’informateur est, par ailleurs retourné en Algérie à Tamanrasset, suite à la lecture des ouvrages du père de Foucault, pour y vivre sa foi lors de retraites mais au moment de l’entretien, il dit qu’il ne peut plus le faire, compte tenu des événements politiques. Sa conclusion est que la guerre ne sert à rien et que les guerres contemporaines( Balkans Irak..) et leurs conséquences en sont la preuve.

Sujet(s) :
enquête
récit de vie
guerre
armée
hiérarchie militaire
tactique militaire
service militaire
occupation militaire
soldat
ancien combattant
violence
archives militaires
émission de télévision
harki
communauté algérienne
communauté pied-noire
foi
censure
accouchement
torture
exactions
angoisse
père de Foucault, Charles (1858-1916)
guerre d'Algérie

Date :
1999-01-26

Format :
Mini-disque
1h 15min

Langue :
fre

Couverture :
Tarn-et-Garonne

Droits :
Consultation en ligne et réutilisation sur autorisation

Relation(s) :
Témoignages d'appelés en Algérie résidant en Midi-Pyrénées

Type :
archives sonores
Sound

Source :
858

Citation

enquêteur : Marrou, Sandrine et informateur : 1452, “Entretien avec un ancien appelé, parti en 1960 pour 29 mois au sein, d’un régiment d’artillerie dans le sud d’Alger et dans le Sahara, Algérie, à propos de son service militaire,” Portail du patrimoine oral, consulté le 21 mai 2022, http://stq4s52k.es-02.live-paas.net/items/show/121327.