Un coopérant à l’ORTF dresse le portrait d’un Liban écartelé entre deux cultures et en proie à des mutations en 1975

Auteur(s) :
enquêteur : Métral, Françoise
informateur : Levallois (M.)

Editeur :
Phonothèque de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l'Homme

Contributeur :
Maison méditerranéenne des sciences de l'homme

Notice originale :
http://phonotheque.mmsh.huma-num.fr/dyn/portal/index.seam?page=alo&aloId=12166
mmsh12166

Type :
archives sonores
Sound

Description :
Après des études en langues orientales et une licence de droit, l’informateur fait un premier séjour à Beyrouth en 1970 afin de perfectionner son arabe au Centre de recherches et d'études arabes (CREA) et s’inscrit à l’Université Saint-Joseph (USJ) en DES (Master2 actuel) de sociopolitique et licence d’arabe. Son arrivée au Liban le confronte à l'immersion dans un pays qui copie sa culture sur l’étranger. Il dit avoir beaucoup souffert de son séjour à Bikfaya, fief des Kataëb des Gemayel où il a fait face à à un milieu très éloigné de ses convictions. C’est à Damas qu’il trouve un équilibre en ayant des rapports d’égal à égal avec les arabisants et les syriens. Lorsqu’il revient à Beyrouth, c’est dans le cadre de la coopération militaire où il dépend de l’O.R.T.F pour un contrat de 16 mois : il est coopérant avec la radio libanaise pour les émissions en langue française. Le directeur de l’ORTF est un des rares arabisants et le personnel est composé de Français et de Libanais. Il avoue être déçu par une partie de ceux qui manifestent un racisme anti arabe et souligne les problèmes confessionnels entre chrétiens et musulmans. D’autre part, l’informateur pense que le problème linguistique du Liban écartelé entre le français et l’arabe n’encourage pas sa pratique personnelle de la langue arabe. Ses fréquentations sont celles du milieu intellectuel et il ne participe pas à la vie mondaine en général. Même pendant ses loisirs (il fait de la musique de chambre), il est confronté à la préférence des musiciens et du public pour la musique occidentale et au mépris pour les artistes arabes. Il y voit la fermeture d’esprit d’un certain milieu qui dénigre totalement l’arabité. Au sujet du bilinguisme, l’informateur dit qu’il existe dans une certaine partie du milieu bourgeois chrétien mais qu’il est surtout une composante de l’idéologie libanaise qui souhaite se démarquer d’une “aculture” arabe. En revanche l’arabité évolue et commence à s’imposer car économiquement la maîtrise de la langue peut déboucher sur des emplois et les porteurs de la culture arabe considèrent désormais le français comme une seconde langue. Face à cette situation, les institutions françaises essaient de perpétuer un système de dépendance idéologique qui conduit à une mainmise politique et économique. Selon lui, la culture française sert la bourgeoisie chrétienne et maronite, elle est par là même un instrument de domination de classe et se fait au détriment de la culture arabe. C’est dans ce sens que l’on peut parler d’un impérialisme culturel et fonctionnel qui permet à la bourgeoisie de se maintenir au pouvoir. L’informateur aborde aussi sa vie professionnelle au sein de L’O.R.T.F. L’organisme représente une mission particulière de coopération de développement de la langue française et l’informateur ne s’y sent pas à l’aise car l’expression y est contrôlée et finalement une francophilie superficielle y est véhiculée. Selon lui, cette politique de francophilie de la bourgeoisie ne fonctionne pas car ceux qui en sont exclus ne la comprennent pas et se sentent méprisés. L’informateur constate aussi une libanisation des institutions françaises. Son point de vue est que les Libanais n’ont pas besoin de la langue et de la culture française, ils ont leur propre monde. Lorsqu’il aborde son avenir personnel et professionnel, le coopérant envisage de quitter l’O.R.T.F et de reprendre une formation en France.

Sujet(s) :
enquête
témoignage thématique
coopérant
radio
pratique de la langue
bilinguisme
arabisation
racisme
domination culturelle
CREA
ORTF
Université Saint-Joseph de Beyrouth

Date :
1975

Format :
1 bde
1 h 58 min

Langue :
français
fre

Couverture :
Beyrouth
N33°53'20''
E35°29'39''

Droits :
Contrat signé avec la dépositaire. Recherche des ayants droit en cours.
Consultable sur autorisation

Relation(s) :
Les français au Liban depuis 1945, une minorité allogène

Type :
archives sonores
Sound

Source :
4409

Citation

enquêteur : Métral, Françoise et informateur : Levallois (M.), “Un coopérant à l’ORTF dresse le portrait d’un Liban écartelé entre deux cultures et en proie à des mutations en 1975,” Portail du patrimoine oral, consulté le 23 mai 2022, http://stq4s52k.es-02.live-paas.net/items/show/120177.